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Tomas Bozzato

  • Masterclass - 2021 - session #1

Merci pour cette Masterclass qui m'a beaucoup aidé dans ma démarche de photographe-auteur. Les intervenants sont disponibles, très aimables et nous ont fait partager leur regard bienveillant, aiguisé et précis. C'était parfait !

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Impermanence ou La possibilité d’une rencontre

Impermanence est un projet photographique qui raconte ce mouvement perpétuel qui est la destinée de l’être humain, grâce à une série de portraits de personnes en situation de transition : femmes mises à l’abris parce que victimes de violences conjugales, migrant-es sur la route de l’exil, personnes en fin de vie (volontaire ou subie),  utilisateur-ices de salles de shoot, bénéficiaires de logements d’urgence, personnes agé-es en maison de retraite, prisonnier-ères en instance de sortie… 

Ma vie a souvent pris des directions qui, de prime abord me semblaient inattendues mais qu’avec le temps se sont révélées tout à fait cohérentes. Ces moments de bascule exercent en moi une certaine fascination. Avec ce projet je tente de comprendre ce qui nous meut profondément, quelle est cette force qui nous pousse à prendre des risques, à aller vers l’imprévu, à jouer notre vie dans des chemins de traverse. Dans ces moments où tout change, notre humanité est à la fois fragile et puissante, nous sommes à vif et c’est précisément cet état que je cherche à photographier.

J’utilise dans ce projet une Afghan box qui est à la fois une chambre grand format et un laboratoire argentique de rue ; elle est aussi et surtout un outil de rencontre. Elle me permet de photographier une personne, de réaliser d’abord un négatif papier qui est précieusement conservé et ensuite un petit tirage noir et blanc que j’offre à la personne elle-même. Ce petit tirage offert est le seul véritable original de cette œuvre. Il voyage au fond des poches, au milieu des livres, parfois plié dès que je tourne mon regard, le plus souvent gardé soigneusement comme le miroir d’un soi légèrement inconnu, dont on essaie d’appréhender la complexité.

Le fait d’offrir un tirage unique, mon habitude des dispositifs de rencontre, ainsi que la sympathie que ce dispositif crée autour de lui font que souvent je n’ai pas encore terminé de m’installer, que plusieurs personnes sont déjà curieuses de ma présence. Je photographie celles et ceux qui viennent à moi et qui souhaitent participer à cet échange.

Pour réaliser chaque photographie j’ai besoin de quinze à vingt minutes de travail. Dans ce temps photographique hors du commun, à l’opposé des pratiques actuelles où nous prenons des rafales d’images à chaque instant, j’installe avec la personne photographiée un espace calme d’introspection. Ce dispositif impose une lenteur qui laisse la possibilité d’une rencontre. Je passe avec les personnes photographiées de moments intenses, parfois nous discutons longuement, d’autres fois nous échangeons juste les mots suffisants pour enlever les masques et photographier au fond du cœur.

La première étape de ce projet m’a conduit cet hiver au Refuge Solidaire à Briançon, un lieu d’accueil d’urgence de personnes sur la route de l’exil. Lors de ce premier essai que nous avons appelé Pour la route, j’ai travaillé avec l’autrice Laetitia Cuvelier qui écrivait des poèmes aux dos des photographies. Les images présentées ici font partie de ce moment de travail partagé.

Tomas Bozzato

www.tomasbozzato.com

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