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Hélène Caux

A participé à:
  • Masterclass - 2019 - session #2

J’ai apprécié les échanges enrichissants entre les participants, toutes et tous d’horizons différents, et l’équipe d’Oeildeep, elle aussi composée de profils très éclectiques et complémentaires. Le mélange photographes-commissaire d’expos pour l’équipe Oeildeep a élargi ma vision pour conduire un projet jusqu’au bout et réflechir aux moyens de le distribuer. 

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TC44 – L’exil pour toujours  

Centre de transit 44 (Transit Center 44), dans un camp de réfugiés en Zambie. Une trentaine de personnes, la plupart âgées et déracinées depuis plusieurs décennies, ont étéreléguées dans cette partie abandonnée du site. Leur crime: s’être soit disant adonner àdes actes de sorcellerie. Un moyen comme un autre de justifier de leur isolement. 

Au fil des années, les membres de leur familles sont soit décédés dans le camp, soit repartis dans leurs pays d’origine, les abandonnant àla vieillesse et àl’exclusion de la part des autres communautés de réfugiés qui n’ont ni les moyens ni la volontéde prendre soin de vielles personnes.  La plupart, comme Kasenda et Jose ont fui la guerre civile en Angola dans les années 1970. Certains ont sautésur une mine, tel Faustino, et se retrouvent mutilés àvie. Kasongo, elle, a fui les attaques armées incessantes àl’est de la République démocratique du Congo. Séparée de ses enfants au cours d’un raid sur son village, elle ignore oùils se trouvent et s’ils sont même encore en vie.  Je veux donner une voix et une existence visuelle àces réfugiés de longue date, et je les photographie dans leurs habitations minuscules, ou sur le pas de leur porte. Peut-être une facon d’exorciser ma propre peur de perdre des personnes chères dans ma propre famille qui ont atteint les mêmes âges avancés: 70, 80, 90 ans. Garder une trace d’eux, d’elles.  

Pas de toilettes, pas d’eau courante, pas d’électricité. Les nuits sont fraîches lors de mon passage et les couvertures manqent. La nouriture aussi. Je suis touchée par la solitude de ces personnes âgées, isolées dans leurs peines, abandonnées de tous. De temps en temps, elle recoivent un peu d’aide du gouvernement zambien et d’agences humanitaires. Mais trop peu.  Les rides qui sillonnent leurs visages sont autant de témoins de leurs histoires riches. J’y lis leurs craintes, leurs peurs. Et aussi quelques lueurs de bonheur de leur vie passées et présentes. Additions de solitudes qui finissent par se soutenir, s’épauler, se connecter, se rejoindre. « Les gens de TC44 sont devenus ma seule famille » me confie Kaluvayi, un réfugiéangolais de 90 ans, exiléen Zambie depuis les quarante-cinq dernières années.

Ce projet sur les réfugiés de longue date sera étendu à d’autres pays du continent africain, où je vis, dès que les mesures COVID 19 seront assouplies.

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